Potocka

"Mémoires de la comtesse POTOCKA" publiés par Casimir STRYIENSKI, Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1897

Raconté par la comtesse POTOCKA

" L"Empereur retourna en France pour jouir de l’enivrement qu’avait fait naître cette campagne de Prusse, si courte et si brillante. On n’était pas encore las des victoires. Il nous laissa le maréchal Davout, lequel prit le commandement de la ville et eut l’influence politique que ses moyens assez bornés lui permirent d’exercer. C’était à tout prendre un des meilleurs hommes de l’armée. Il est à présumer que Napoléon, connaissant à fond tous ses maréchaux, désigna celui-là, parce qu’il était sûr de son dévouement ainsi que de sa moralité. Il ne voulait pas livrer au pillage un pays dont il pouvait, par la suite, se servir comme d’une puissante barrière contre ses ennemis. Il avait trop bien reconnu, pendant ce court espace de temps, les immenses ressources qu’il trouverait dans une nation toujours disposée aux plus énergiques efforts (et aux plus grands sacrifices, tant qu’on lui ferait entrevoir qu’elle pourrait recouvrer son indépendance), pour ne pas se réserver ce puissant levier, en cas de besoin. Le maréchal eut donc l’ordre de nous ménager, de nous flatter et de nous amuser. IL fit venir sa femme, afin de tenir grand train de maison, et reçut comme apanage le grand-duché de Lowicz. La maréchale, d’une beauté sévère, était une femme de mérite. Elevée chez madame Campan, elle y avait pris des manières distinguées, ainsi que le ton de la bonne compagnie qui manquait à son mari ; mais elle ne sut pas se faire aimer, car elle était peu amène. On la disait préoccupée de la jalousie incessante que lui donnaient les amours fugitives du maréchal, qui, ainsi que tous les Français, raffolait des Polonaises et semblait gêné de la présence de sa femme ; car il avait, de plus, une Française qu’on prétendait ressembler trait pour trait à la maréchale, et qui, grâce à ces légitimes dehors, avait suivi l’armée, au grand déplaisir de l’Empereur. Toutes ces circonstances réunies firent que madame la duchesse s’occupa fort peu de rendre sa maison agréable, et que son époux alla chercher des distractions ailleurs ". (p.160)

La comtesse POTOCKA à Savigny (p.229)

(A Saint-Cloud) " En suivant Leurs Majestés au travers des appartements, j’aperçus le maréchal Davout, de service ce jour-là, en qualité de capitaine des gardes. J’avoue qu’il me sembla piquant de lui faire en passant un petit salut amical pour le payer des airs de roi que lui et sa femme s’étaient donnés en Pologne ". (p.278)