VALTERRE François (1759-1837)

Au 3e Corps de 1803 à 1808, Valterre s’est particulièrement illustré à la tête du 30e de ligne (division Bisson puis Morand). Gravement blessé à Eylau, il a continué à servir jusqu’à 1815. Malgré toutes ses blessures, le baron de Saint-Ange a vécu jusqu’à 78 ans.

Né le 07/09/1759 à Mézières (Ardennes), François Valterre s’engage d’abord comme grenadier au régiment de Médoc le 18 octobre 1776 où il reste jusqu’en 1785. En juillet 1789, il rejoint, toujours comme grenadier, la garde nationale de Mézières. Adjudant-major en 1792, adjudant de place en 1793, chef de bataillon en 1794, il est blessé d’un coup de feu à Marchiennes-au-Pont le 3 juin 1794.

Affecté à l’Armée de Sambre-et-Meuse, il intègre ce qui deviendra le 30e de ligne. Valterre se distingue à Neuwied (12 juin 1796) et repousse une sortie de la garnison de Mayence le 21 août suivant.

En janvier 1797, il passe à l’Armée d’Italie au sein de la division Bernadotte. Il se signale au passage du Tagliamento le 16 mars 1797, avant d’être à nouveau blessé d’un coup de feu à la prise de Gradisca trois jours plus tard. Le 27 novembre, il est bloqué dans Rome avec la division Championnet et défend avec ardeur le château Saint-Ange, ce qui lui vaut d’être nommé provisoirement chef de brigade à la suite. Encore blessé à l’affaire de Sainte-Marie (10 mai 1799), il punit la ville de Ronciglione qui s’était rebellée [1] (28 juillet) avant d’être à nouveau blessé d’un coup de feu à la jambe gauche devant Viterbe (3 août).

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Ronciglione fut incendiée par Valterre en juillet 1799

François Valterre remplace Jacques Darnaud, nommé général de brigade, à la tête de la 30e demi-brigade qui reçoit l’ordre de marche pour retourner en Italie. Le 10 mai 1800, elle est à Nyon (Suisse) et le 13 à Vevey, direction le col du Grand- Saint-Bernard et la plaine du Pô. Placée sous les ordres du général Lannes, l’unité s’illustre à Aoste le 16 mai 1800, à Pavie le 2 juin, à Montebello le 10 juin et à Marengo le 14 juin (cf. Carnets de Jean-Roch Coignet). Le 6 août, Valterre est confirmé chef de brigade titulaire par arrêté des consuls. Il est, une énième fois, blessé d’un coup de feu à Volta le 21 décembre et rentre en France en 1801 en garnison à Strasbourg.

Affecté au camp de Bruges en 1803, il est employé à la 1ère division (Bisson) du 3e Corps, sous Davout. A la tête de son 30e de ligne, il s’illustre au combat de Lambach le 1er novembre 1805 et est cité au 16ème Bulletin de la Grande Armée : «  Le prince Murat a continué sa marche en poursuivant l’ennemi l’épée dans les reins, & est arrivé le 9 en avant de Lambach. Les généraux autrichiens, voyant que leurs troupes ne pouvaient plus tenir, ont fait avancer 8 bataillons russes pour protéger leur retraite. Le 17e régiment d’infanterie de ligne, le 1er de chasseurs & le 8e de dragons chargèrent les russes avec impétuosité, &, après une vive fusillade, les mirent en désordre & le menèrent jusqu’à Lambach. On a fait 500 prisonniers, parmi lesquels une centaine de russes. Le 10 au matin, le prince Murat mande que le général Walter, avec sa division de cavalerie, a pris possession de Wels. La division de dragons du général Beaumont, & la 1e division du corps d’armée du maréchal Davoust, commandée par le général Bisson, ont pris position à Lambach. Le pont sur la Traun était coupé ; le maréchal Davoust y a fait substituer un pont de bateaux. L’ennemi a voulu défendre la rive gauche. Le colonel Valterre, du 30e régiment, s’est jeté un des premiers dans un bateau & a passé la rivière. Le général Bisson faisant ses dispositions de passage a reçu une balle dans le bras. Une autre division du corps du maréchal Davoust est en avant de Lambach sur le chemin de Steyer. Le reste de son corps d’armée est sur les hauteurs de Lambach ».

Son régiment est aussi cité à l’Ordre du jour de l’état-major général le 14 novembre 1805 : « L’EMPEREUR témoigne sa satisfaction au 4e régiment d’infanterie légère, au 100e de ligne, au 9e d’infanterie légère, au 32e. de ligne pour l’intrépidité qu’ils ont montrée au combat de Diernsthein, où leur fermeté à conserver la position qu’ils occupaient, a forcé l’ennemi à quitter celle qu’il avait sur le Danube. Sa Majesté témoigne sa satisfaction au 17e régiment de ligne & au 30e qui, au combat de Lambach, ont tenu tête à l’arrière-garde russe, l’ont entamée & lui ont fait 400 prisonniers ».

Valterre est nommé commandant de la Légion d’Honneur le 26 décembre 1805.

Au sein de la brigade Brouard (division Morand), il participe évidemment à la bataille d’Auerstaedt, à la campagne de Pologne (Czarnowo, Nasielsk, Golymin) et à la bataille d’Eylau (8 février 1807) au cours de laquelle il reçoit encore deux blessures, un coup de feu au genou gauche et un biscaïen au bras droit, « blessé de manière à en rester estropié toute sa vie » (Opérations du 3e Corps).

Pourtant, le colonel Valterre continue de servir, à Heilsberg (10 juin 1807), à Labiau. Il est enfin nommé général de brigade le 29 janvier 1808 et continue cependant de commander son régiment jusqu’au 27 octobre. Il est alors affecté au commandement de la place de Palmanova (Italie). Créé baron de Saint-Ange le 19 décembre 1809, il est assiégé dans Palmanova à partir du 24 octobre 1813. Le 12 février 1814, il subit un intense bombardement de nuit mais ne consent à rendre la place que le 17 avril.

Mis en non-activité par la Restauration, il reçoit le commandement de la place de Metz pendant les Cent-Jours. Au retour des Bourbons, il est mis en disponibilité (16 octobre 1815) puis à la retraite (20 octobre 1819) après 43 années de service.

Le général Valterre, baron de Saint-Ange, s’éteint à Dugny, dans la Meuse, le 30 janvier1837 à l’âge de 78 ans.

[1] Valterre fait exécuter 85 villageois et incendie la ville. Plus de 170 bâtiments sont détruits ainsi que toutes les archives historiques